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J'ai introduit chez les princesses  il y a quelques jours ma réflexion à propos de Savitzkaya, et je vous ai promis que nous nous pencherions un peu plus en détail sur certains de ses bouquins. Oh, je vous ferais bien un commentaire détaillé sur chacun d'entre eux, mais on nuit à vouloir trop faire… Et puis, la place du lecteur est belle, fort belle, je n'ai pas l'intention de vous en priver. C'est d'autant plus vrai quand l'écriture l'est, fort belle.

 

Un jeune homme trop gros est une biographie fantasmée d'Elvis Presley. Celui-ci n'est jamais cité mais il apparaît en dédicace. En déroulant ce récit, quasi entièrement rédigé au futur, nous suivrons l'idole, de l'étoile montante à la chute, au travers non d'événements mais de tableaux arrêtés sur la vie de cet amateur de lait et de guimauve.


Ce futur utilisé comme tel, va renforcer encore un effet spirale ; rien n'est raconté, mais nous verrons que c'est rarement le cas chez Savitzkaya mais l'écriture se déroule et s'enroule autour de cette vie étrange.

 

Des événements surgissent, quelques scènes sont décrites mais si peu. Des personnages secondaires, des femmes, la mère du jeune homme, semblent apparaître puis disparaître à nouveau dans un brouillard épais et collant.

 

Fascinant, presqu'envoûtant – et l'effet de répétitions continuelles et de circonvolutions autour du sujet n'y est pas pour peu – ce texte est d'une cruauté, d'un cynisme implacable.

 

L'impression dominante est l'écœurement, bien loin à mon avis de la tendresse que certains ont pu y voir. C'est clairement un texte "Âmes sensibles s'abstenir", mais il faut avouer que le talent est rarement dans les sensibleries.


Ce livre est paru aux éditions de Minuit en 1978. Ce n'est donc pas vraiment de l'actualité littéraire que je vous propose ici. Non, non. C'est un livre génial au sens propre. Si vous ne l'avez pas lu, vous avez déjà trente ans de retard, mais ce n'est pas une raison pour vous en abstenir.


Le garçon chantera les chansons les plus cruelles, ses plus belles chansons. Il sera debout sur la scène, les jambes écartées, les cheveux fous sur ses yeux, chaussé de souliers blancs et vêtu de noir. Comme un fantôme, levant les bras, ondulant, frémissant. Comme un lézard dans le feu. Comme une salamandre. Et, serpent noir, il ne chantera que pour lui, dans le silence.
 
 

Il ne se vêtira que de soies, que de peaux. Il deviendra un animal étrange parcourant les zones d'ombre et les champs de lumière, se déplaçant lentement de gauche à droite, d'avant en arrière.


Parfois, il semblera un pantin, d'autres fois un monstre lumineux et sombre dévorant la lumière d'autrui, tapi dans l'ombre grise à laquelle il se confondra toujours. Il ne sera présent que par sa bouche.


Eugène Savitzkaya, Un jeune homme trop gros, Les Editions de Minuit, 1978, p47.

 

 

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