Lectures de texte, réflexions et partage autour de la littérature, textes en ligne, petits mots belges et français, et billets quotidiens pour rire et réfléchir.
J’aime généralement beaucoup les commerces de quartier. Je connais bien mon boucher marocain, mon boulanger portugais et même l’opticien belge (pas de rires, j’ai dit !). Cela fait une autre vie que les supermarchés franchement. Mais je déteste Bouba.
Bouba, c’est l’épicier du coin. Il ne vend – son dieu soit loué, ni picole ni clopes (si près de chez moi, ce serait désastreux), mais boîtes de conserve, fruits, légumes, pâtes et riz et même fleurs. Mais ce qu’il vend par-dessus tout aux yeux de Minipouce, c’est une foule de jouets et friandises cacaille, dont le prix varie entre un et deux euros, cœurs Barbie, et chewing-gum Winnie l’Ourson, des trucs qui collent, qui plaquent, qui cassent et déteignent dans les doigts. Mais irrésistibles aux enfants.
Minipouce sait très bien que je n’aime pas ça, mais nous avons réussi à négocier une et une seule visite hebdomadaire. Il n’empêche qu’elle tente de m’y attirer presque tous les jours.
On va chercher des fraises chez Bouba, maman ? On va chercher des murmures ? (Lisez des mûres). Il n’y a plus de lait, je crois, maman. Je ne cède pas (euh, en tous cas, pas à chaque fois…)
Il faut dire que le bonhomme, sous son faux sourire, n’est guère sympathique. Et non, je ne parle pas de ses cerises à 9 € du kilo mais au fait que devant mon refus des cacailles à Minipouce, il cherche à me convaincre (50 centimes, seulement, elle a été sage, je parie), discute, et finit par lui offrir l’objet de la négociation, ce qui réduit mes efforts à néant.
Quand je suis pressée, Monsieur Bouba discute le bout de gras avec la bonne femme avant moi. Quand je suis chargée, Monsieur Bouba m’offre un kilo de carottes à moitié pourries dont je n’ai rien à faire. Quand je lui donne à changer cinq euros, Monsieur Bouba me rend des pièces jaunes. Parfois quand je suis seule cliente, et que Monsieur Bouba est occupé… à se curer les pieds, il feint de ne pas me voir. Bref, Bouba est un fâcheux.
Mais il y a quelques temps, des rumeurs de l’installation d’un supermarché en face de chez Bouba ont commencé à courir. Et aujourd’hui, la maison de Monsieur Bouba est à vendre.
Je suis quand même un peu triste pour Minipouce. Et je n'aime vraiment pas les supermarchés.